100 000 signes, espaces compris(es)

negatif2Connaissez-vous Mo ?

C’est une femme de 2016, comme cent mille autres femmes.

Elle habite une ville, comme cent mille autres villes.

Vous allez découvrir sa vie en cent petites histoires.

Vous souvenez-vous des films 24×36 qu’on mettait dans les appareils photos avant le numérique ?

Oui ? Alors imaginez un film de cent cases !

Mises bout à bout, elles forment une histoire, mais chaque case est indépendante et peut être regardée ou lue seule.

Chaque séquence a un début, un milieu et une fin.

Indépendamment des autres.

Voilà ce que je vous propose.

Cent épisodes de mille signes, espaces compris.

Cent photos, cent instantanés de la vie de Mo, une femme du siècle.

J’aime écrire des textes courts, des nouvelles.

Et ce format de micro-nouvelles me convient parfaitement. Passer d’une histoire à une autre. Sans transition fastidieuse.

Deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, retrouvez Mo pour un nouveau cliché de sa vie.

En 1000 signes, espaces compris !

Comme ce texte de présentation.

Et je le prouve !

1000

Déc 01

090/100

« Célestina était devenue ingérable. Elle avait une petite trentaine d’années et habitait la maison de la rue Pessoa. Je l’avais installée là avec Héléna car il était inutile de louer un appartement alors que j’avais cette immense maison que je n’habitais pas.
– Elle ne travaillait pas ? demanda Po.
– Si, évidemment, elle était couturière dans un magasin de robes de mariées. Elle me versait un petit loyer chaque mois et moi je lui donnais de l’argent pour Héléna. Pour qu’elle grandisse à l’abri du besoin.
Oncle Paul s’interrompt quelques instants. J’ai l’impression que tous ces aveux l’épuisent. Il a des gestes nerveux, tripote son verre, boit quelques gorgées et reprend :
– Elle s’est mise à avoir de nombreuses relations avec des hommes peu fréquentables. Les soirées se succédaient à la maison. Il y avait beaucoup de monde qui défilait à la Pessoa. L’argent et l’alcool coulaient à flot. Il a fallu que je me fâche pour mettre fin à ce cinéma. Et ça n’a pas été simple, je vous assure !»

Nov 28

089/100

« Nous avons parlé toute la soirée et une bonne partie de la nuit. A quatre heures du matin, il m’a demandé si je pouvais le conduire chez sa sœur. Ce furent les retrouvailles les plus émouvantes que j’aie jamais connues. Je suis parti vers neuf heures pour laisser Célestina et son frère à leurs souvenirs et à leurs projets d’avenir.
Au passage, j’ai déposé Héléna à l’école.
– Et la maison ? Quand l’as-tu achetée ?
– Fin 82 après la guerre des Malouines. J’avais gardé quelques intérêts en Argentine et la fin du conflit a fait considérablement grimper les cours. J’ai tout revendu et amassé une jolie petite fortune. J’ai acheté la maison et aidé Alfredo à acquérir le restaurant dans lequel il travaillait depuis son arrivée. C’est là que nous allions manger tous les deux les mercredis, tu te souviens Mo ?
– Evidemment que je m’en souviens.  Ces mercredis sont bien dans ma mémoire, mais tu n’étais pas toujours très bavard, Oncle Paul.
– A cette époque, les choses n’étaient pas simples. »

Nov 24

088/100

« Je l’ai longuement serré dans mes bras. J’étais heureux de le retrouver. Il avait beaucoup maigri et il avait perdu ses cheveux, mais je retrouvais bien les traits de celui qui j’avais quitté à Mendoza en 1973.
Il m’a expliqué qu’il avait quitté le Chili au début de 1974 et qu’il avait travaillé comme cuisinier sur les ferries qui faisaient quotidiennement la navette entre Buenos-Aires et Montevideo en Uruguay.
Presque quatre années enfermé dans une cuisine à confectionner à la chaîne des hamburgers et des poulets rôtis pour des routiers et des touristes. Mais avec une seule idée en tête, quitter l’Amérique du Sud pour venir s’installer en Europe. Retrouver sa sœur et recommencer une nouvelle vie loin de la guerre civile qu’il avait connue et loin de Pinochet et de ses sbires qui semaient toujours la terreur dans la région.
– Mais toi, tu n’étais au courant de rien ? Pourquoi ne t’a-t-il pas prévenu ?
– Non, il avait gardé le secret. Il avait trop peur que je le dissuade de venir. »

Nov 21

087/100

087Oncle Paul ouvre alors la chemise cartonnée et en sort les quatre photos.
« Voilà Celestina, dit-il en posant sur la table la troisième photo découverte par Po. Mon contrat à Mendoza tirant à sa fin, j’ai décidé de rapatrier tout le monde en France. Grâce à un ami, j’ai pu obtenir des faux papiers pour Celestina et pour Helena.
Je sors la quatrième photo de la pochette et la place devant les yeux de mon oncle.
– Et Alfredo ? Que fait-il ici ?
– Ah, Alfredo, c’était le frère de Celestina. Il avait fui le Chili et était venu se réfugier en Argetine. La veille de notre départ, il est venu me voir à Mendoza et m’a supplié de l’emmener avec nous. Mais il était trop tard, je ne pouvais rien faire pour lui. Alors je lui ai laissé un peu d’argent et mon adresse en France. A mon retour, j’ai loué un appartement en ville pour Celestina et Helena. Je passais les voir régulièrement. Et puis un soir de septembre 1978, on a frappé à la porte de chez moi. Alfredo était là. Cinq ans après mon retour. »

Nov 17

086/100

086Po et moi avons parfaitement compris la suite de l’histoire, du moins dans ses grandes lignes. Nous laissons cependant à notre oncle le soin de nous la raconter. C’est son histoire, il aurait été déplace de notre part de lui voler la conclusion.
« Nous nous sommes installés à  Mendoza. Chaque jour je suivais avec attention les informations venant du Chili. Et puis le 11 septembre est arrivé, avec les événements que vous savez. Le putch, la mort du président Allende, l’arrivée sanglante de Pinochet et la répression qui en a suivi.
– As-tu eu des nouvelles de Rosalie et de Cristobal ?
– Je n’ai eu que des bribes, mais jamais rien de certain. Dans les premières heures du putch, Allende a fait sortir son personnel. On sait que Cristobal a quitté le palais vers dix heures du matin. Personne ne l’a jamais revu. Rosalie a été arrêtée le 13 septembre alors qu’elle errait dans Santiago. On pense l’avoir aperçue sur le bateau Lebu qui faisait office de prison. On n’a jamais retrouvé son corps. »

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